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A.S : Votre métier dans les télécommunications vous a conduit à prendre lancien téléphérique de lAiguille du Midi ? R.M : Mon métier, et le ski aussi. Dailleurs, en 1948, ce nétait pas encore lancien, mais le téléphérique de lAiguille du Midi. Il fonctionnait à cette époque avec ses drôles de cabines en escalier. Il desservait la fameuse piste de ski des Glaciers cétait une installation plutôt pittoresque. A.S : Vous souvenez-vous de cette piste des Glaciers ? R.M : Oui, cest là que jai appris à faire du ski ainsi quau Brévent. De cette piste, je me souviens dune neige excellente, vierge et poudreuse. La piste, elle, nétait pas tracée comme maintenant, on descendait tout droit en suivant les traces des autres skieurs, cétait particulièrement sportif. Une fois la station de La Para dépassée, on rejoignait la piste de bobsleigh, qui a été fermée plus tard, en 1950, après un accident mortel dun bob à quatre. Quant aux skis, ils navaient aucune fixation de sécurité, on y attachait les chaussures dessus avec des longues lanières en cuir, et soit le ski cassait, soit la patte cassait, moi jai eu de la chance, mes pattes ont tenu !
A.S : Revenons à linstallation de téléphérique, vous lavez utilisé jusquau Col du Midi ? R.M : Oui, ce dernier tronçon devait rejoindre lAiguille du Midi, mais le chantier na jamais pu se terminer, aussi le terminus était le Col du Midi, là où il y avait le laboratoire détudes des rayons cosmiques qui fonctionnait lété. On voyageait dans des conditions spartiates, assis, sur une sorte de plateau grand comme une porte de maison. A.S : Quels souvenirs en avez-vous ? R.M : Celui dêtre
en équilibre dans un va et vient au dessus du vide. On partait
de la station des Glaciers et on changeait de plateau en prévenant
le machiniste par trois coups de piolet sur le câble au pylône
intermédiaire, celui que lon voir sur larrête
de lAiguille. On était alors à équidistance
entre le Col et les Glaciers. Je pouvais utiliser ce troisième
tronçon car avec ma fonction de téléphoniste, jétais
souvent sollicité par le propriétaire de linstallation
pour qui je réparais régulièrement les postes de
téléphone, grillés par des coups de foudres. J'en
avais plein ma camionnette Juvaquatre.
En contrepartie, je pouvais utiliser la ligne complète vers le Col du Midi notamment comme départ pour faire la Vallée Blanche. Cétait une époque curieuse et une installation plutôt spéciale. ![]() Cette bonne vieille caisse à savon attend des clients ... A.S : Cest à
dire ?
R.M : Au départ de la liaison vers le Col du Midi, il y avait une grosse barrique deau avec trois électrodes et le machiniste nous demandait toujours duriner dedans avant dembarquer afin daciduler leau pour quelle soit plus conductrice ! Cétait vraiment cocasse, quand jy pense. (NDLR : Un rhéostat préhistorique) A.S : Redescendons à Chamonix et parlons un peu de lambiance dans ces années 1950. R.M : Cétait différent, à Chamonix, on se connaissait tous. Il y avait toujours un copain qui traînait par ci, par là et on se retrouvait souvent au café Burtillet, en face du bureau des guides en allant vers léglise pour boire un pot. Heureusement que le vin était léger, car parfois on en buvait jusquà dix par jour !..
A.S : Vous avez un peu la nostalgie de cette époque ? R.M : Forcément, car quand je me promène aujourdhui dans Chamonix, je ne reconnais plus personne, dune part parce que je suis vieux et il y en a beaucoup qui sont partis et dautre part parce quil y a beaucoup plus de monde que dans les années de ma jeunesse et surtout beaucoup détrangers.
A.S : Et pour lancien téléphérique, votre sentiment ? R.M : Vous savez, avec la nouvelle ligne, si on voulait, du Plan de lAiguille on pourrait facilement tracer une piste qui irait vers Pierre-pointue et La Para, pour redescendre dans la vallée, mais bon, je pense que ça nintéresse plus grand monde aujourdhui. A.S : Merci pour ces souvenirs qui sont importants pour lhistoire de la vallée. R.M : Je ne sais pas si cest important, mais pour moi, ce sont mes souvenirs de jeunesse. Ils ont le double de valeur. |
