On était jeunes !.. (suite)
Robert Melo aux Pélerins le 6 mai 2006

A.S : Votre métier dans les télécommunications vous a conduit à prendre l’ancien téléphérique de l’Aiguille du Midi ?

R.M : Mon métier, et le ski aussi. D’ailleurs, en 1948, ce n’était pas encore l’ancien, mais le téléphérique de l’Aiguille du Midi. Il fonctionnait à cette époque avec ses drôles de cabines en escalier. Il desservait la fameuse piste de ski des Glaciers c’était une installation plutôt pittoresque.

A.S : Vous souvenez-vous de cette piste des Glaciers ?

R.M : Oui, c’est là que j’ai appris à faire du ski ainsi qu’au Brévent. De cette piste, je me souviens d’une neige excellente, vierge et poudreuse. La piste, elle, n’était pas tracée comme maintenant, on descendait tout droit en suivant les traces des autres skieurs, c’était particulièrement sportif. Une fois la station de La Para dépassée, on rejoignait la piste de bobsleigh, qui a été fermée plus tard, en 1950, après un accident mortel d’un bob à quatre. Quant aux skis, ils n’avaient aucune fixation de sécurité, on y attachait les chaussures dessus avec des longues lanières en cuir, et soit le ski cassait, soit la patte cassait, moi j’ai eu de la chance, mes pattes ont tenu !

La piste des Glaciers
Piste des Glaciers et environs

A.S : Revenons à l’installation de téléphérique, vous l’avez utilisé jusqu’au Col du Midi ?

R.M : Oui, ce dernier tronçon devait rejoindre l’Aiguille du Midi, mais le chantier n’a jamais pu se terminer, aussi le terminus était le Col du Midi, là où il y avait le laboratoire d’études des rayons cosmiques qui fonctionnait l’été. On voyageait dans des conditions spartiates, assis, sur une sorte de plateau grand comme une porte de maison.

A.S : Quels souvenirs en avez-vous ?

R.M : Celui d’être en équilibre dans un va et vient au dessus du vide. On partait de la station des Glaciers et on changeait de plateau en prévenant le machiniste par trois coups de piolet sur le câble au pylône intermédiaire, celui que l’on voir sur l’arrête de l’Aiguille. On était alors à équidistance entre le Col et les Glaciers. Je pouvais utiliser ce troisième tronçon car avec ma fonction de téléphoniste, j’étais souvent sollicité par le propriétaire de l’installation pour qui je réparais régulièrement les postes de téléphone, grillés par des coups de foudres. J'en avais plein ma camionnette Juvaquatre.

La Juvaquatre remplie de téléphones
Une vaillante (?) Juvaquatre

En contrepartie, je pouvais utiliser la ligne complète vers le Col du Midi notamment comme départ pour faire la Vallée Blanche. C’était une époque curieuse et une installation plutôt spéciale.

Cette bonne caisse à savon
Cette bonne vieille caisse à savon attend des clients ...

A.S : C’est à dire ?

R.M : Au départ de la liaison vers le Col du Midi, il y avait une grosse barrique d’eau avec trois électrodes et le machiniste nous demandait toujours d’uriner dedans avant d’embarquer afin d’aciduler l’eau pour qu’elle soit plus conductrice ! C’était vraiment cocasse, quand j’y pense. (NDLR : Un rhéostat préhistorique)

A.S : Redescendons à Chamonix et parlons un peu de l’ambiance dans ces années 1950.

R.M : C’était différent, à Chamonix, on se connaissait tous. Il y avait toujours un copain qui traînait par ci, par là et on se retrouvait souvent au café Burtillet, en face du bureau des guides en allant vers l’église pour boire un pot. Heureusement que le vin était léger, car parfois on en buvait jusqu’à dix par jour !..

A.S : Vous avez un peu la nostalgie de cette époque ?

R.M : Forcément, car quand je me promène aujourd’hui dans Chamonix, je ne reconnais plus personne, d’une part parce que je suis vieux et il y en a beaucoup qui sont partis et d’autre part parce qu’il y a beaucoup plus de monde que dans les années de ma jeunesse et surtout beaucoup d’étrangers.


Arrivée aux Glaciers (carte postale : Jean François Collot)

A.S : Et pour l’ancien téléphérique, votre sentiment ?

R.M : Vous savez, avec la nouvelle ligne, si on voulait, du Plan de l’Aiguille on pourrait facilement tracer une piste qui irait vers Pierre-pointue et La Para, pour redescendre dans la vallée, mais bon, je pense que ça n’intéresse plus grand monde aujourd’hui.

A.S : Merci pour ces souvenirs qui sont importants pour l’histoire de la vallée.

R.M : Je ne sais pas si c’est important, mais pour moi, ce sont mes souvenirs de jeunesse. Ils ont le double de valeur.


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