TEMOIGNAGE : René Bozon (II)


Direction Les Glaciers (novembre 1984)
(NB : On peut noter qu'à cette époque, la ligne de service est encore en place)


ADMNET — La société a fermé ses portes ?

RB — Pas vraiment. C’est la même société qui a fait faillite et qui a été reprise plusieurs fois pour en arriver aujourd’hui à la société de l’Aiguille du Midi. Au début des années 50, je me souviens que l’exploitation s’est définitivement arrêtée. La piste des Glaciers a fermé aussi.

ADMNET — Parlez-nous de cette fameuse piste des Glaciers.

RB - Les premières courses de l’Arlberg Kandahar se sont disputées sur la piste des Glaciers. On y accédait bien sûr par le téléphérique, je m'en rappelle bien, c’était le 6 et le 7 mars 1948. Ce fut la seule fois où il y eut une course importante sur cette piste des Glaciers. C’était une course très difficile. Il y avait eu un vent extrêmement violent la semaine qui précédait la course, la piste des Glaciers était une véritable "plaque à vent" du départ jusqu’à l’arrivée. De nos jours, les responsables de la Fédération Internationale n’accepteraient plus ce genre de compétition dans de telles conditions.


la carte des pistes
Dessin de la Piste des Glaciers à la Station du même nom.

ADMNET — J’ai lu qu’il y avait eu des accidents sérieux lors de cette compétition, que pouvez-vous en dire ?

RB — Je peux vous dire que James Coutet qui a remporté cette descente du Kandahar l’a gagné en mettant les fesses par terre. Il a battu Zéno Colo qui était un skieur italien de grand talent. Toute l’équipe autrichienne qui était là n’a pas réussi la descente, certains ont fait des chutes spectaculaires. On avait du creuser des tranchées en aval des virages pour éviter les accidents en freinant les skieurs en difficulté.

ADMNET — Si l’on revient sur l’exploitation du téléphérique, il semble qu'il y ait eu des accidents mécaniques et humains, en avez vous connu ?

RB — Oui, et des avalanches aussi. Dans la seconde partie du premier tronçon, après le pylône double, au niveau du pylône 17 exactement, une coulée de neige l’a fauché et ce dernier n’a jamais été reconstruit. En remplacement, ils ont réalisé une portée beaucoup plus longue. En considérant le poids des câbles, les ingénieurs avaient été obligés de construire 26 pylônes sur le premier tronçon et 19 sur le second. Tout ça est devenu complètement obsolète aujourd’hui.


le pylône gardien

Le pylône gardien

ADMNET — Lorsqu' on monte le chemin de la Para, les morceaux de pylône que l’on peut rencontrer dans la forêt sont-ils les restes du pylône 17 ?

RB — Non, pas dans la forêt, mais on en a trouvé longtemps dans le Torrent de la Creusaz car il avait été basculé dans sa gorge. Le reste a été enterré, maintenant, en a-t-on trouvé lors de la construction de la route d’accès au Tunnel, je ne peux pas vous le dire avec certitude. Si nous revenons aux accidents humains, il y en a eu un sur le troisième tronçon. Les câbles qui se superposaient se sont coupés sur les bennes de service du haut, il y eu une chute et le directeur du téléphérique de l’Aiguille du Midi a trouvé la mort . Il y a eu d’autres accidents, j’ai un cousin qui s’est fait électrocuter sur l’arête.

ADMNET — Vous avez travaillé sur la ligne ?

RB — Oui, entre 42 et 44, sur le troisième tronçon.

ADMNET — Quel était l’objectif final de la ligne ? L’Aiguille du Midi, le Col du Midi ?

RB — L’objectif était la route du Mont-Blanc. On construisait un téléphérique pour rapprocher les gens du Mont-Blanc et pour le tourisme d’été. Dans les années 24, on ne parlait pas encore de ski. Aux Jeux Olympiques de 24, la seule discipline de ski était le ski nordique. Puis après, quand le ski est arrivé, dans les années 30/35, on a utilisé le téléphérique pour donner accès à des pistes de ski. Une piste un peu raide mais relativement facile depuis la gare de la Para, ouverte dans la Forêt des Pélerins. Et une autre, à partir du pylône double, pour petits skieurs, des débutants je veux dire. Cette piste s’appelait la piste Jacques Balmat.

ADMNET — Que pense-t-on de toutes ces ruines dans la vallée ?

RB — Concernant la gare de départ des Pèlerins, vous verrez avec Alain Lurati quel est son devenir. Tout ce qu’il y a à l'intérieur, l'ancienne cabine, les ferrailles, tout devrait être jeté. On a déjà réussi à faire nettoyer les extérieurs, l’environnement. Ce n’est pas encore très propre, mais un effort a été fait par la société du téléphérique et nous, les responsables, (je vous parle de ça l’année dernière lorsque je m’en occupais encore) nous voulons redonner une vie à ce bâtiment, il a un emplacement idéal et un certain caractère. Nous avons fait couper une partie des arbres autour pour arrêter l’humidité, et il faudrait refaire le toit. Tout se fera bientôt. La commune manque de place et d’endroits pour des gens qui veulent faire de la musique, c’est à cela en partie que l’ancienne gare sera destinée. Il faut réhabiliter cet édifice ancien.

ADMNET — Et quant à l’avenir des gares de la Para et des Glaciers, que savez-vous?

RB — Ce sont des bâtiments extrêmement solides parce qu’ils sont faits en pierre de taille, taillés dans le granit. Le toit de la gare de La Para est en mauvais état, il pleut à l’intérieur. Tout ce qui était en bois est pourri. Il est dangereux d’y circuler, d’ailleurs tous les escaliers ont été enlevés pour éviter les accidents. La gare des Glaciers a pris partiellement feu il y a quelques années.

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