Témoignage de François RAVANEL

François Ravanel
François RAVANEL

Adm.net : François Ravanel bonjour, merci de nous recevoir chez vous, ici, dans ce village des Pélerins, face à l’Aiguille du Midi et au téléphérique des Glaciers. Voulez-vous nous parler un peu de vous.

François Ravanel : je suis né à Chamonix, j’y ai passé mon enfance jusqu’à quinze ans, âge où je suis parti de cette vallée pour faire mes études et construire ma carrière. Quoi qu’il en soit, mes racines sont là et j‘y reviens très souvent, d’autant plus qu’aujourd’hui je suis retraité et que je n’ai plus d’activité professionnelle depuis bientôt quinze ans.

Adm.net : Vous êtes un artiste, graveur,et parmi vos œuvres, une série de gravures de 1997 que vous appelez " paysages confrontés ". Elles concernent directement cette montagne qui est en face de nous et le téléphérique qu’elle porte sur ses flancs, pouvez-vous nous expliquer ce qu’est un " paysage confronté " ?

paysages confrontés 1

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FR : C’est un ensemble de gravures qui traite de la relation qu’il y a entre les paysages traditionnels qui ont été créés tout au long des siècles avec des paysages bâtis récemment par l’homme et ce depuis une vingtaine d’années. Viennent entre autres la multiplicité des constructions nouvelles qui se substituent à des constructions anciennes, ces dernières se retrouvent abandonnées à leur sort au cœur d’un paysage qui doit les supporter. Il y a donc une juxtaposition entre ces paysages anciens, souvent des ruines, et ces paysages de construction plus récentes. Leurs issues me paraissent incertaines, je traite cette confrontation avec mes moyens, c’est à dire plastiquement.

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François Ravanel explique son œuvre

Adm.net : que représente pour vous cette ancienne ligne ?

FR : Comme vous l’avez dit précédemment, ce téléphérique fait partie intégrante de ces " paysages confrontés ". Au delà de ce postulat, cette installation représente beaucoup de souvenirs de famille. Cette maison où nous sommes aujourd’hui fut construite par mon grand-père dans les années 1920, face au téléphérique des Glaciers où lui-même était employé.

Adm.net : Quelle était sa fonction ?

FR : Il était dans ces années, le chef de gare à la Para. Malheureusement je n’ai pas pu en parler avec lui, j’avais six ans lorsqu’il est mort. Avec mon père non plus, je n’en ai jamais parlé et les souvenirs s’effacent avec le temps. Je subodore qu’à cette époque, au milieu des années vingt, la Para était une gare terminale, le trafic des touristes étant important, la clientèle étant sans doute très variée, il y avait des fonctions de gestion et d’accueil qui s’étaient développées dans cette gare terminale et que mon grand-père occupait.

Adm.net : Aujourd’hui, cette gare de la Para est en face de votre paysage, qu’est-ce que cette construction ancienne vous inspire quand vous la voyez ?

FR : Mes sentiments sont variés. La Para est je crois un beau bâtiment, fidèle à son époque, la construction était remarquable, tout en granite taillé, dans les ruines qui subsistent il y a peut-être des espaces qui sont intéressants. La gare des Pélerins est elle-même d’une architecture que je trouve superbe ; on y trouve des restes de cabines qui sont les témoignages d’un transport de clientèle très variée utilisant une qualité de matériaux très nobles, acajou, cuivre. Tout ceci me fait regretter que ce patrimoine ne soit pas sauvegardé, comme témoin d’une époque différente de celle que nous vivons aujourd’hui, c’est une partie de notre histoire qui s’efface doucement. Je trouve ça dommage. Par ailleurs, les pylônes de ce téléphérique rouillent sur place et représentent outre un danger potentiel, une balafre dans le paysage.

François Ravanel et notre correspondant

Adm.net : C’est ce concept de balafre qui ressort aussi d’une autre de vos gravures, toujours dans la série " paysages confrontés " représentant la route d’accès au tunnel du Mont-Blanc ?

FR : Absolument, vous savez, je ne suis pas contre ces aménagements, je pense qu’il y a matière à aménager les nécessités de l’homme d’aujourd’hui avec le respect d’un environnement hérité des générations qui nous ont précédé.

Adm.net : François Ravanel, merci de votre témoignage.

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