TEMOIGNAGE de RENE BOZON


ADMNET- Vous avez emprunté souvent cet ancien téléphérique.

René Bozon- C’est le téléphérique qui a servi à mes débuts, au ski. Ski que j’ai pratiqué toute ma vie. J’étais moniteur de ski d’abord et après professeur de ski à L’ENSA. A l’époque, quand j’avais huit, dix, quinze ans, j’étais pratiquement, chaque fois que j’avais des heures de liberté, sur ce téléphérique et sur la piste des Glaciers, celle qui descendait jusqu’à la maison qui est aujourd’hui le chalet des Pèlerins. A cette époque, il s’appelait "la Cubelette ".


"La Cubelette" de nos jours

ADMNET — C’est à dire ?

RB - "La Cubelette " c’est une chute à ski, et c’est la dernière que pouvaient faire les skieurs quand ils descendaient de la piste des Glaciers. Après leur chute, comme il y avait un bar, ils pouvaient éventuellement venir s’y restaurer. C’était mon père l’avait appelé ainsi. Hélas il a disparu dans les années qui ont suivi, en 1939 pris dans une avalanche.


La Cubelette fin des années 1940

ADM.NET — Parlez-nous du téléphérique, que vous en rappelez-vous ?

RB — Sa construction remonte à 1911, autant que je puisse m’en souvenir, en tous cas juste avant la guerre de 14. Abandonnée bien sûr pendant le conflit, sa construction a repris dans les années 20 et le premier tronçon a été ouvert pour les Jeux olympiques de 1924.

ADMNET — Pourquoi ?

RB — Les compétitions de bobsleigh à 2, à 4 et en skeleton, se sont disputées sur la piste de la forêt des Pélerins, juste sous la ligne nouvellement construite. Le personnel et les équipiers empruntaient le premier tronçon en direction de la station de La Para, pour se rendre au départ de la piste de bobsleigh.
Le matériel, lui, utilisait la benne de service.

Piste de Bobsleigh
Virage des Écureuils
Tremplin Olympique
Les Bossons

ADMNET- C’était une piste spécialement aménagée à cet effet ?

RB - Elle partait du pylône double qui se trouvait à mi-pente entre les Pélerins et la Para.



Les vestiges de la piste de Bobsleigh

ADMNET — Le pylône double, c’est à dire ?

RB — Si on rentre dans la technique, il faut savoir que ce téléphérique représentait le début en matière de technologie, surtout en ce qui concerne le transport de voyageurs. Si l’on considère les câbles porteurs, ils avaient un diamètre extrêmement important, 64 mm, et à cette époque, les tréfileries ne pouvaient pas construire un câble allant des Pélerins jusqu’à la Para, c’est à dire environ sur une longueur de 1800 mètres d’une seule pièce. Il a fallu pour ce câble porteur qui était extrêmement lourd, je crois qu’il faisait 16 à 18 kilos au mètre linéaire, faire une coupure au milieu du tracé, en construisant un pylône double. Ce qui veut dire, qu’en cet endroit de la ligne, un rail aérien se substituait au câble entre deux pylônes.


A l'arrivée au "pylône double"

Ce pylône double desservait le départ de la piste de bobsleigh. On y accédait par des échelles de bois et des débarcadères. Le pylône en lui-même était particulièrement long, une quinzaine de mètres. Évidemment, les câbles tracteurs, eux, couraient sur toute la longueur. Et puis dessous, il y avait la benne de service, qui elle a servi à construire le téléphérique. Pour les besoins des Jeux Olympiques, elle a servi à monter les bobs, vu l’importante taille de son plateau. Tout ça, je ne l’ai pas vécu, je suis né en 26, mais je le tiens de mon père, qui à cette époque avait pour activité principale, le bobsleigh. A ce moment là, et jusque dans les années 30, le Bobsleigh était le sport d'hiver le plus important dans la vallée de Chamonix.

ADMNET — Après les Jeux, les travaux ont continué ?

RB - Dans les années 26/28 s’est construit le deuxième tronçon. Puis, pendant la guerre, il y a eu un troisième tronçon qui servait à monter au Col du Midi. Ce tronçon a permis à certaines personnes de la vallée et des réfractaires au STO qui s’étaient réfugiés à Chamonix, de travailler sur ce téléphérique et ainsi de ne pas être trop gênés par les troupes d’occupation.

ADMNET — Nous voilà donc arrivés à la Libération. Que s’est-il passé ?

RB — Les années qui ont suivi la fin de la guerre ont accéléré la fin de la ligne sur son tracé initial.

ADMNET — Pourquoi ?

RB — Toujours le même problème. Des difficultés d’exploitation et quasiment pas de bénéfices, une structure technologique trop lourde, trop coûteuse. Pas assez de voyageurs et pour cause, la capacité de chaque benne était de 18 personnes pour une vitesse de trois mètres seconde. Fin des années quarante, cette installation n’était plus au goût du jour. Ce qui devait arriver arriva, les exploitants obtinrent une nouvelle concession qui est utilisée maintenant par le téléphérique de l’Aiguille du Midi.

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