Témoignage de MICHEL LATREILLE (2)

Michel Latreille et notre correspondant
Michel Latreille (à droite) et notre correspondant

 

Adm.net - D’autres souvenirs relatifs au téléphérique ?

ML - Non je ne l’ai pas pris souvent. Par contre en redescendant du Mont-Blanc, je suis passé plusieurs fois par la station des Glaciers, mais beaucoup plus tard, à une époque ou le téléphérique ne marchait plus. Remplacé par le nouveau. Entre temps j’ai beaucoup voyagé pour mon travail et je n’ai repris la montagne qu’une fois installé à Paris où à cette époque, étant un peu plus sédentaire, je pouvais me rendre facilement à Chamonix ou je vis maintenant.

Adm.net – Quelles courses particulières avez-vous fait ?

ML – Les classiques de la vallée. A côté de ça, j’ai eu l'opportunité d’être un des deux géologues de l’expédition nationale du Makalu où d’ailleurs j’ai pu faire connaissance beaucoup plus approfondie de Lionel Terray que j’ai donc vu une première fois dans l’ancien téléphérique de l’Aiguille du Midi. J’ai en fait eu la chance de côtoyer à cette occasion des grands qui grimpaient à Chamonix : Couzy, Magnone, Franco, Leroux. Maintenant, je revois de temps en temps ceux de cette grande époque de Chamonix qui sont encore vivants, notamment lors du salon du Livre de Montagne de Passy. D’ailleurs Guido était là il y a quelques jours pour le cinquantième anniversaire de la voie qu’il a ouverte dans la face Ouest des Drus, avec Berardini, Dagory et Lainé.

Canal 53 UHF
L'Aiguille du Midi, borne émettrice vue côté Vallée Blanche

Adm.net – Qui reste-t-il d’autres de cette époque ?

ML- Les quatre derniers survivants de l’expédition du Makalu, je les revois, Guido Magnone, Pierrot Leroux, André Vialatte qui est à Paris et Serge Coupé de Chambéry.

Adm.net - Quelle était l’ambiance ici à Chamonix, après-guerre ?

ML - Il y avait quelques vedettes, des gens comme Lionel Terray, comme Louis Lachenal, plus tard René Desmaison, Seigneur, Gaston Rebuffat. Je cite ces noms parce qu’il s’agit de gens que j’ai mieux connus, mais ce n’est pas exclusif bien sûr, car il y en a bien d’autres... On avait alors cet esprit de compétition dont a parlé Pierre Allain dans son livre "alpinisme et compétition ", c’est une chose qui restera toujours dans tous les sports et ça existait en alpinisme. Il y avait des lieux cultes comme " La Potinière ", lieu de rendez-vous fréquent des alpinistes et " La PDA ", la pâtisserie des Alpes qui n’existe plus aujourd’hui.

Adm.net – Qu’entendez-vous par vedettes ?

ML - Je parle de vedette parce qu’à cette époque, il y avait des types, des sortes de phares dont les noms sont restés dans l’histoire des courses de montagne dans une certaine mesure, plus que maintenant, et ce même si aujourd’hui il y a des types très forts, plus forts parce que la technique se développant cela a permis aux grimpeurs de se dépasser. Aujourd’hui il y a proportionnellement plus de types capables qu’à cette époque et cela a eu tendance à banaliser un peu leurs exploits. Quoique quand on prononce les noms de Lafaille de Patrick Berault, qui a fait une superbe traversée des Alpes l’an dernier, ce sont des noms qui resteront comme ceux de Terray et autres. Et puis il y a des jeunes qui font des trucs fabuleux comme Marco Siffredi qui vient hélas de disparaître dans l’Himalaya et qui, à vingt et un ans, avait fait la face Nord de l’Everest, première descente en surf du couloir Norton. Ici, Marco a fait la descente de l’Aiguille Verte par le Nant-Blanc en surf à l’âge de vingt ans, c’est quelque chose de complètement incroyable.

1921 au Grépon

Cliché pris le 22 juillet 1921 au "Râteau de Chèvre".

Les grimpeurs avaient quitté Chamonix la veille à 16h et atteint le refuge du Plan de l'Aiguille à 19h (montée à pied sous la pluie) car il n'y avait aucune remontée mécanique à cette époque pour "...raccourcir la route vers les cîmes". Le lendemain, partis à 2h30 du matin du Plan de l'Aiguille, ils atteignirent le sommet du Grépon vers12h et rentrèrent à Chamonix à 24h. On notera les chaussures à semelles cloutées (clous appelés ailes de mouches en raison de leur forme), la corde d'attache en chanvre simplement nouée autour de la taille du grimpeur et de ce fait n'offrant qu'une très relative sécurité en cas de chute, surtout pour le premier de cordée. Dans les années vingt, le matériel dont disposaient les alpinistes était comparable, sur le plan des matériaux employés et de la technologie, à celui utilisé dans la construction des téléphériques.
Ces contingences n'empêchaient pas la réalisation de très grandes courses de montagne.


Adm.net – Vous voulez dire que les jeunes qui font de la montagne aujourd’hui ne sont pas comme vous au même âge ?

ML - Les jeunes ont évolué par rapport à nous qui avions vingt ans dans le début des années cinquante, il y a une barrière psychologique qui a été franchie. La technique a également beaucoup progressé en fonction d’ailleurs du matériel qui lui-même a beaucoup évolué. Cette évolution a permis de dépasser des difficultés qui pour nous étaient infranchissables, notamment pour les courses de glace que nous n’aurions pas pu faire en cinquante.

Praz Conduits
La station des Praz Conduits : départ du nouveau téléphérique.

Adm.net - Chamonix a aussi évolué ?

ML - Bien sur que Chamonix a changé, le nouveau téléphérique de l’Aiguille du Midi, celui de Lognan et des Grands Montets, l’urbanisme aussi a évolué mais fondamentalement je crois que ce qui a changé c’est que les vaches ont disparu, l’agriculture a disparu au profit du tourisme. Mais Chamonix restera toujours la capitale de l’escalade et du ski.


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